Notes personnelles
Mon travail s'articule autour d'une recherche sur la naissance du mouvement, sa performance, et le fragment qui laisse l’imaginaire inventer un récit.
Diplômée de la HEAR (Haute Ecole des Arts du Rhin, 2010) j’ai longtemps exploré le grand format pictural comme un espace de confrontation physique. Cette période de peinture monumentale a jeté les bases de mon rapport à l'espace, me menant naturellement vers la scène en tant que chorégraphe et interprète. Pour moi, le tableau n’est pas une surface figée, mais un événement : une « image longue » qui se déploie dans la durée de la performance.
Aujourd'hui, ma pratique se recentre sur l'intimité de l'atelier et la matérialité du dessin gravé. Je travaille le papier comme on cultive une terre. Par un geste de gravure à sec, je blesse la fibre avant d'y infuser le graphite. Ce processus est une quête d'ancrage : le corps ne survole plus le monde, il s'y enfouit.
Mes recherches actuelles puisent dans une bibliothèque de formes et de pensées habitées par le vivant. De la ligne horizontale de la Ève allongée de Gislebertus (Autun), première figure gravée dans la pierre, aux réflexions de Bruno Latour et Baptiste Morizot sur notre manière d'« habiter la terre », je cherche à traduire cette interdépendance. À l'image des tas de taupes qui ponctuent mon potager, mes dessins sont des résurgences : les traces visibles d'un travail souterrain, d'un corps-ver-de-terre qui creuse son propre sillon dans le noir du graphite, et sur les espaces offerts à la performance physique.
Mon travail est une invitation à ralentir le regard pour percevoir ce qui, dans le geste qui s’efface ou la matière qui s’incruste, constitue notre fragile manière d’être vivant.
AB